
Respiration du coureur : les exercices venus du yoga
La respiration en course à pied se travaille aussi à l’arrêt, allongé sur un tapis. Trois exercices venus du yoga forment une base solide : la respiration abdominale, l’expiration allongée et l’ouverture de la cage thoracique. Dix à quinze minutes au sol, deux fois par semaine entre deux sorties, apprennent à sentir où entre l’air et comment il ressort.
En pleine sortie, le souffle n’a pas le loisir d’être observé : l’attention file vers l’allure, le terrain, la fatigue des mollets. Au sol, sans impact ni chronomètre, la même respiration redevient lisible.
Pourquoi travailler la respiration en course à pied loin de la piste
Plus l’allure monte, plus l’air doit entrer et sortir vite, et le corps recrute des muscles qui restent discrets au repos. L’article « Diaphragme (organe) » de Wikipédia présente ce muscle en coupole, tendu entre le thorax et l’abdomen, comme le principal acteur de l’inspiration : en se contractant, il s’aplatit et l’air entre. Au repos, son simple relâchement produit l’expiration, qui reste passive. À l’effort, toujours selon cette source, les abdominaux et les intercostaux rendent cette expiration active.
Respirer fort en courant n’a donc rien d’anormal. C’est la réponse attendue d’un organisme qui travaille. Ce qui change d’un coureur à l’autre, c’est la façon dont le souffle du coureur s’organise : certains respirent haut, épaules serrées et côtes figées, d’autres laissent le ventre bouger librement. En séance, impossible de démêler tout cela.
Le yoga offre justement un cadre pour regarder le souffle de près. Le pranayama, la discipline du souffle, occupe le quatrième des huit membres décrits dans les Yoga Sutras attribués à Patanjali, juste après les postures, d’après l’article « Pranayama » de Wikipédia. Ces textes y décrivent un souffle réglé en lieu, en durée et en nombre, qui devient long et subtil. Trois gestes de base suffisent au coureur.
Un tapis à soi pour la séance au sol
Les trois exercices se pratiquent allongé, sur le dos ou sur le ventre. Un parquet nu devient vite inconfortable sous la nuque et le bassin, une serviette glisse, et un tapis emprunté au club n’est jamais là le bon soir. Un tapis personnel, déroulé toujours au même coin de la pièce, transforme ces quelques minutes en rendez-vous.
Pour un coureur qui découvre ce travail, les créateurs de Mahola Yoga présentent leur gamme de tapis en coton en trois épaisseurs, chacune pensée pour un usage : 3 mm pour un tapis qui se roule et part avec vous lors d’un week-end de course, 5 mm pour le confort conseillé à qui débute, allongé sur un sol dur, 7 mm pour une pratique quotidienne. Le coton gagne en adhérence au fil des séances, ce qui stabilise les talons quand les genoux restent fléchis. Après une sortie en sueur, un passage de chiffon humide et un séchage à plat le remettent en état pour le rendez-vous suivant.
Exemple : prenez un coureur qui sort le mardi, le jeudi et le dimanche. Il déroule son tapis le mercredi soir, une heure après le dîner, pour douze minutes de respiration abdominale puis d’expiration allongée. Deuxième rendez-vous le samedi matin, avant le petit-déjeuner, dix minutes centrées sur l’ouverture des côtes. Aucune séance de souffle les jours de course : elles occupent les jours où les jambes restent au repos. Au bout d’un mois, ce coureur ne vise aucun chrono particulier, il repère simplement plus tôt où se loge sa respiration quand l’allure grimpe.

Trois exercices venus du yoga, pas à pas
Les trois exercices suivent un ordre logique : sentir le ventre, allonger la sortie de l’air, puis ouvrir les côtes. Chacun se pratique par le nez, bouche fermée, sans chercher l’amplitude maximale.
La respiration abdominale, sur le dos puis sur le ventre
Allongez-vous sur le dos, genoux fléchis, plantes de pieds à plat sur le tapis, écartées de la largeur du bassin. Posez une main sur le ventre, l’autre sur le sternum.
- Inspirez par le nez en laissant la main du ventre monter la première, celle du sternum presque immobile.
- Expirez sans pousser : le ventre redescend de lui-même.
- Enchaînez une dizaine de cycles, puis laissez passer quelques respirations sans rien diriger.
Vient ensuite la version sur le ventre, makarasana ou posture du crocodile : à plat ventre, front posé sur les avant-bras croisés, jambes allongées. L’article anglophone de Wikipédia qui lui est consacré la présente comme propice au travail de la respiration diaphragmatique. Le sol sert de témoin : à chaque inspiration, le ventre presse le tapis.
C’est le premier repère de la respiration abdominale : une inspiration qui démarre en bas, et non dans les épaules. Tant que la main du sternum bouge davantage que celle du ventre, restez sur cette étape.
L’expiration allongée, un compte plus long à la sortie
De retour sur le dos, gardez la respiration par le ventre et commencez à compter mentalement. Inspirez sur trois ou quatre temps, expirez sur cinq ou six. Le ratio n’a rien de sacré. L’objectif tient dans une expiration allongée que vous contrôlez du début à la fin, sans vous vider complètement.
Quelques repères pour la doser :
- l’air sort par le nez, lèvres closes, ou entre les lèvres pincées comme pour refroidir une soupe ;
- dès que l’inspiration suivante arrive dans la précipitation, raccourcissez le compte de sortie ;
- cinq minutes forment un format de départ raisonnable, à allonger de semaine en semaine.
Les cours de yoga dynamique y ajoutent souvent un léger frottement de l’air dans la gorge, la respiration ujjayi, dont le nom signifie « victorieux » en sanskrit d’après l’article de Wikipédia qui lui est consacré. Pour un coureur, ce son reste facultatif : seule compte la longueur de la sortie.
L’ouverture de la cage thoracique sur une couverture roulée
Roulez une couverture en boudin serré et placez-la dans la longueur du tapis. Allongez-vous dessus, colonne posée dans l’axe, tête soutenue par un coussin plat, bras ouverts au sol. Les côtes s’écartent alors de part et d’autre du boudin, sans effort.
Dans cette position, portez l’attention sur les côtés de la cage thoracique. Posez les mains sur les côtes basses : à l’inspiration, elles s’écartent vers l’extérieur, à l’expiration, elles se rapprochent. Ce mouvement mobilise les muscles intercostaux, logés entre les côtes, que l’article « Muscles intercostaux » de Wikipédia décrit comme des muscles accessoires, davantage sollicités pendant l’effort physique. Restez cinq à huit minutes, puis roulez sur le côté pour quitter le boudin sans à-coup.
La même source consacrée au pranayama décrit enfin une respiration yogique complète, qui enchaîne le ventre, le thorax et les clavicules. Une fois les trois exercices acquis séparément, rien n’empêche de les relier en une seule vague : du bas vers le haut à l’inspiration, du haut vers le bas à l’expiration.

Du tapis à la foulée : nez, bouche et rythme des appuis
Le travail au sol ne se recopie pas tel quel en courant : personne ne compte ses expirations dans une côte. Ce qui passe d’un terrain à l’autre tient en une sensation, un souffle qui part du bas et des côtes mobiles.
Nez ou bouche ? En footing très lent, certains coureurs tiennent une respiration nasale pendant de longues minutes, et c’est le moment de retrouver les repères du tapis. Dès que l’allure monte, la bouche s’ouvre d’elle-même pour laisser passer davantage d’air. Le guide pour courir 30 minutes sans s’arrêter rappelle d’ailleurs qu’une allure où la conversation reste possible sert de repère d’aisance.
Le calage du souffle sur les foulées divise davantage. Beaucoup de coureurs inspirent sur un nombre d’appuis et expirent sur un autre, sans qu’aucun schéma ne s’impose à tous. L’exercice d’expiration longue suggère une variante simple à tester en footing : laisser l’expiration couvrir un appui de plus que l’inspiration pendant quelques minutes, puis revenir à un rythme respiratoire libre.
Sur les séances rapides, la question se pose autrement. En plein fractionné, le souffle devient court et bruyant. Les phases lentes entre deux répétitions laissent en revanche une fenêtre : deux ou trois expirations longues, bouche entrouverte, avant de repartir.
Courir sans être essoufflé n’existe pas à toutes les allures. En endurance, un essoufflement marqué signale surtout un rythme trop rapide pour la séance du jour : la réponse passe d’abord par l’allure.

Les erreurs qui transforment l’exercice en effort
Le travail du souffle au sol paraît anodin. Ses pièges viennent presque tous de l’envie de bien faire.
- Forcer l’amplitude : gonfler le ventre au maximum à chaque inspiration crispe la nuque et écourte la séance. Une amplitude moyenne, répétée sans hâte, apprend davantage.
- Bloquer l’air : les rétentions, très présentes dans le pranayama classique, n’ont pas leur place dans ces premières séances.
- Accélérer pour « se réveiller » : plusieurs techniques de yoga reposent sur des expirations rapides et appuyées. Elles demandent un enseignant.
- Pratiquer juste après une sortie dure : le souffle encore haché brouille les sensations. Attendez quelques heures, ou le lendemain.
L’article « Pranayama » de Wikipédia met d’ailleurs en garde contre les techniques avancées pratiquées sans formation. La consigne reste simple : si un étourdissement, des fourmillements ou une sensation de manque d’air apparaissent, arrêtez l’exercice et laissez la respiration reprendre son cours spontané. Avec une pathologie respiratoire ou cardiaque connue, prenez conseil auprès d’un professionnel de santé avant la première séance.
Planifier quatre semaines de souffle au sol
La trame ci-dessous installe un exercice à la fois, toujours les jours sans course.
- Semaine 1 : respiration abdominale seule, sur le dos puis sur le ventre, dix minutes, deux fois.
- Semaine 2 : même entrée en matière, puis cinq minutes d’expiration allongée.
- Semaine 3 : ventre, expiration longue, puis ouverture des côtes sur la couverture roulée.
- Semaine 4 : les trois exercices enchaînés en une quinzaine de minutes, suivis de quelques cycles de respiration complète.
Si vous préparez une échéance, un premier 10 km par exemple, placez ces séances loin des sorties clés et gardez-les pendant l’affûtage : elles ne demandent rien aux jambes. Notez quelques mots après chaque séance. Au fil des semaines, ce relevé montre comment la respiration en course évolue.
Prochaine étape : déroulez votre tapis ce soir, allongez-vous genoux fléchis et comptez dix respirations abdominales. La prochaine sortie commencera avec ce repère en tête.